sommaire de la page :

Aérobiclub ; installation machine et (vidéo)

Petits arrangements d'archives (vidéo archives vrac)

Les bègues ; projections diapositives, écran, tourne-disques, miroirs (vidéo)

Adamm's tree ;  acier, couteau (vidéo)

La part de nos mesures ; archets, verres en cristal, moteurs, bois, son (vidéo)

Appartement témoin ; pleiglass, gouache, rétroprojecteur, moteur (vidéo)

Texte

La mise en branle de l'art, Catherine Grenier

Galerie photos

Dans l'ombre la pomme ; hêtre, moteur, acier, bois (vidéo)

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Aérobiclub

Installations, machines, et petits arrangements...

Machines

L'oeil de poisson, Québec

Friche de la Belle de Mai, Marseille

Beaubourg, Paris

Les bègues

Installation avec projecteurs diapositives, animation d'une seule image via deux miroirs superposés en rotation sur un pick-up.

Adamm's tree, 2011

ADAMM'S TREE, 2011

La part de nos mesures

La part de nos mesures, 2009

La dite pièce est le dessin d'un geste, d'une grammaire sonore où la silice se fend le pied d'une mesure à l'eau. L'octet est la division d'un cercle constitué de caissons de résonnances, en quelque sorte un escalier chromatique. L'enjeu sonore de "L'espace de nos mesures"  joue sur les variations du cristal et de la mécanique des archets, les notes étant modulées selon le niveau d'eau contenu dans le verre. A l'intérieur des caissons est installé une sono qui diffuse la WWW 1011 de Bach et sur le hasard des différentes vitesses des archets, bien que le crin fasse résonner la même note, le ton tient la note et en arrive à imiter la sonate, à croire que ce sont les verre qui l'interprète. A l'approche de cette sculpture dessin qui brandit tiges, ficelles et ombres à portée , les sections de différentes hauteurs faisant donc office de caisson résonnance, certains verres prennent le pas sur cette sonate l'accompagnant jusqu'à croire que ce serait les verres qui l'interprète. Cette machine travaille sur un geste qui ne s'inscrit pas en papier, ni en partition, mais plutôt à la baguette de la matière sonore, comme le signale György Ligeti, " le son est le premier mouvement de l'immobile".


La part de nos mesures, 2009,

Appartement témoin

Frédéric Lecomte ou la mise en branle de l’art.


Dressant une typologie des mouvements dans l’œuvre de Tinguely, Michel Conil Lacoste retenait, par ordre de « mise en branle » : la suggestion statique du mouvement, la dématérialisation par rotation, le sursaut et le soubresaut, la rotation, la convulsion, la reptation, la dilatation, la copulation et enfin la bascule.Il est tentant d’établir, pour une œuvre comme celle de Frédéric Lecomte que la parenté avec le Méta-art n’indisposera pas, une classification qui emprunte ces mêmes catégories du mouvement. Jamais statique, même quand elle n’est pas actionnée physiquement par une machinerie, son œuvre s’inscrit en effet dès ses prémisses sous le double signe du déplacement et de la mécanique : déplacement et mécanique au sens propre et au sens figuré, des images, du discours, du désir.Le mouvement dans l’art a une histoire qui passe par toutes les grandes ruptures, toutes les mises en crise. Depuis le Futurisme et le Cubisme, en passant par la crise de l’abstraction des années 50 et la culture underground de la décennie suivante, l’ébranlement de l’art se traduit par la tentation de l’activation réelle de ses composantes. Plus encore, le mouvement est l’élément vitalisant et réjouissant de ces crises : favorisant l’imprévu, l’accident, l’association absurde, le mouvement génère le rire. A ce titre, même si elles constituent de vrais déchirements pour notre conception de l’art, les avant-gardes sont joyeuses. On a encore pu penser que plus le rire est sonore, plus l’ébranlement est profond.Frédéric Lecomte est de cette culture là : son œuvre est allègre, mouvementée et dérangeante. Partant des réalités du monde - les grands drames comme les soucis quotidiens - tels que les restituent les images qui nous environnent, il les perturbe en les agitant, les démultipliant, les entrechoquant. La suggestion statique du mouvement est donnée par la fragmentation, l’agrandissement ou la superposition des figures comme des mots. La rotation, sporadique et intermittente, est une des composantes essentielles de l’activation du sens de l’image. La convulsion, la reptation, la dilatation, la copulation remuent ces images-corps qui cherchent vainement à se ressouder pour reformuler une identité chaotique.La bascule quant à elle, est un des principes déterminant de son art, au travers de la figure de la « balançoire » vision fugitive d’un monde entre le jeu et le basculement. Un art de l’effet donc, du ricochet souvent, qui affecte les sens autant que l’esprit, aussi drôle qu’inquiétant. Une exposition de Frédéric Lecomte est comme une œuvre totale, avec ses points forts et ses faiblesses, ses murmures poétiques et ses ricanements sarcastiques, qui se déploie dans l’arrière scène du cinéma et du Grand-Guignol. Le cinéma, dont on pense communément l’influence en terme d’image et de narration, mais dont on dit moins à quel point sa réalité technologique - la machinerie qui conduit au rêve - a pénétré l’art. Si de nombreux artistes, parmi lesquels Frédéric Lecomte, font référence aux débuts du cinéma : Lumière, Méliès, c’est qui se passe là quelque chose de déterminant dans la relation du réel et du fictif, donc de déterminant pour l’art. La magie de Méliès, c’est de rendre vrai une chose fausse, dans un monde par ailleurs entièrement fictif mais auquel « on croit ».Tout le XX ème siècle s’est établi sur cette croyance fondamentale, qui résiste au dévoilement des mécanismes et des trucages. Contre l’évidence de la volonté de croire, l’art s’est employé à montrer la machine sans pour cela la dévaluer : qu’on pense aux portraits mécaniques de Picabia, au grand verre ou à Etant-donné… de Duchamp et l’on voit que l’art moderne s’inscrit sous cette double détermination de l’adhésion-dénonciation du croire. Chez un artiste comme Frédéric Lecomte, la tentation du croire prend le dessus, même si elle sert un propos de dénonciation de nature plus politique. Croire même jusqu’à l’absurde, jusqu’à atteindre ainsi les limites du Grand-Guignol, l’invraisemblable absolu qui déchaîne le rire en antidote de la honte.Comme le Grand-Guignol, cet art réclame un public qui entre dans le jeu, se sachant abusé et l’acceptant avec plaisir : pour le plaisir. Est-ce alors un art léger? Peut-être, mais pourquoi pas… Un art qui, en tout cas, ne renonce pas, conforme au projet de l’avant-garde, à pousser toujours plus loin son emprise sur le monde du commun.
Catherine Grenier, juin 2001, Paris 
Michel Conil Lacoste, Tinguely, l’énergétique de l’insolence.Edition de la Différence, Paris 1989.

Galerie photos

Dans l'ombre de la pomme, 2009