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Effet de serre, Domaine de chamarande, texte Dominique Marchès

Galerie du Haïdouk, Bourges (vidéo JP Vial)

L'impossible affaire, installation vidéo

Sac de noeuds, 2008, verres gravés, lumière (vidéo)

Peut-on croire encore en une merveille, texte Anka Ptakowska

Les inconnus, tirages

Fait main, mécanique (vidéo)

Eventails d'aménagements, photos

...) Cet univers de crise globale dont l’œuvre de Lecomte se fait le vecteur dépassionné, une réalisation telle que That’s all la rend fort signifiante. Sur un mode en apparence mineur, une fois encore, le seul qui tienne (l’ironie, marâtre et maitresse de la pensée). Adoptant les traits d’un acteur de roman photo adepte de la psychanalyse de comptoir, Lecomte s’y est photographié assis sur un canapé, occupé à une insondable méditation jouée en monologue, ses pensée abyssales livrées sous formes de phylactères. « Rien à faire, l’ennui n’est pas une mince affaire ». « Il y a un artiste qui m’interesse, c’est celui qui court sans savoir ou il va… ». « Quand les éléphants se battent, ce sont les fourmis qui meurent ». « On rencontre un tas d’artiste pourris, c’est qu’ils attendent trop longtemps pour mûrir ». « Il n’y a plus que les panneaux électoraux pour conserver leurs opinions politiques ». « L’avant-garde, ce serait quelque chose comme : avant l’heure c’est pas l’heure, après l’heure c’est plus l’heure ». Où est-on et où en est-on ? Dans quelle époque exactement vit-on ? Quelles formes, quelles symbolisations, quelles représentations sont-elles simplement adaptées à notre temps ? L’auto-entretien présidant à That’s all, pour inspiré qu’il soit, s’émaille de considérations vaseuses, analytique « mords moi le noeud » version Pierre Dac. D’ailleurs, questions, réponses, interrogations, tout ceci n’a plus de sens, de même que l’égo en état de les formuler : « En tenant salon avec moi-même, je trouve qu’il y a encore trop de monde ». Plus rien de solide, pas même le statut de sujet dont l’artiste, plus que quiconque, devrait être assuré qu’il n’est pas rien. Version postmoderne de la « mort de l’homme » foucaldienne, ayant celle-là, à la fin, renoncé à se fasciner du vide stupéfiant qu’elle instaure. Telle est l’essence toujours à la fois stimulante et frustrante de la crise : les sursauts salutaires qu’elle produit ? A la mesure des interrogations qu’elle génère, sans réponse ni fond.

Frédéric Lecomte, in fine ? L’annonce, faite à l’humain occidental, de la déroute, tout juste avant la catastrophe finale. Une déroute heureuse, écrivions-nous un peu plus haut. Oui, tous comptes faits. Quelque chose d’euphorique comme la crise quand elle n’en finit plus d’être crise et autorise enfin qu’on la brocarde, désastre dont rire faute de mieux, pauvre miroir brisé de nos condition.

Paul Ardenne, 1998

Annexe vidéo

Effet de serre

C’est comme un chaud et froid, ce jeu de la serre et de la glacière : le nez coule et on tousse. Et cependant ici, bizarrement, l’accident provient du chaud, de cet espace dévolu à la production du chaud. Jadis dévolu. Aujourd’hui, vitres brisées, hôtel des courants d’air, paysage après la bataille. Ce chaos domestique, finalement, sied à Frédéric Lecomte qui, comme si cela ne suffisait pas (et l’art est toujours la preuve que « cela ne suffit pas »), en rajoute dans la joyeuse entropie faite de fausses présences ( miroirs aux alouettes montés sur les échafaudages de la ruine) et de synesthésies assassines. Quand il passe devant la serre, dont l’accès lui est interdit, le promeneur frustré déclenche un drôle de sons et lumières. D’un côté c’est la féérie des spots, fête dans la galerie des glaces ; de l’autre c’est le bruit de ces mêmes glaces qui se brisent, retour à la serre éventrée, au fracas du moment, le tout dans un double mouvement, dans la résolution bricolée des contraires. C’est décidèment le regardeur qui, pour faire le tableau, casse la baraque…

Dominique Marchès, 2003 Domaine de Chamarande

Galerie du Haïdouk, Bourges

extrait "La collection, l'installation, la projection"

L'impossible affaire

Sac de noeud

Peut-on croire encore en une merveille?

 

Première question : Peut-on croire encore en une merveille? Celle de la machine? N’a-t-on pas laissé cette croyance aux quelques survivants du surréalisme, aux premières sculptures de Tinguely, aux utopistes des années 20? Qui oserait jeter aujourd’hui le voile du merveilleux sur la réalité menaçante, que la fin du « machine age » nous met devant les yeux?

Deuxième question : Elle concerne la liberté de l’artiste. Rappelons encore quelques lieux communs au sujet de la liberté : 

- Le fait qu’on ne veut surtout pas admettre ses limites et qu’on essaie d’ignorer ses conditionnements objectifs (sociaux) ; - Son caractère illusoire grâce auquel elle appartient plutôt à une rhétorique rétrograde qu’à la réalité actuelle.

- Cette fausseté inhérente à la question est intimement, (psychologiquement et économiquement) liée à la production artistique. Car la liberté de l’artiste reste aux yeux de tous un garant important du caractère « artistique » de l’œuvre.


Frédéric Lecomte nous a dit un jour que sa liberté est son principal ennemi et je ne suis pas prête d’oublier cette phrase. Que veut-elle dire au juste? Qu’il existe peut-être des cas où la liberté ( et il s’agit bien de liberté de faire) est tout simplement donnée et qu’elle n’est donc pas l’objet d’une conquête. Idée aussi difficile à admettre que celle de la bonté innée. La liberté dans ces cas relèverait du don qui se situe pas loin du talent et elle se réaliserait comme l’invention permanente. Difficile à imaginer le vertige qu’elle pourrait produire, le vertige face au manque de contraintes et à l’espace sans limites.
Frédéric Lecomte découvre son ennemi dans sa liberté. Ainsi, il déplace ingénieusement une contrainte et se situe là, où personne ne l’attend. Du coup, sa pratique artistique perd son caractère purement pragmatique et lui-même se positionne concrètement et théoriquement vis-à-vis de la question cruciale, celle de la situation de l’artiste dans le monde actuel. Cette prise de conscience a, dans son cas, deux aspects importants : elle est précédée par la pratique du vertige et elle est nourrie des conclusions socio-économiques concernant la production artistique. Elle devient conscience du danger de faire. Mais que  faire si on ne peut faire autrement? Car la liberté de faire instaure, elle aussi, son diktat et elle n’aime pas les rendez-vous manqués.Tout ce qui n’a pas été fait s’accumule, son poids devenant impossible à supporter.Les jeux se font alors entre des solutions radicales, dans l’espace flottant, nuancé, désamorcé où l’humour seul assure la jonction. Même si Frédéric Lecomte matérialise ses inventions, il est difficile de dire, qu’il le fait de ses propres mains. Son invention s’emploie à créer des mécanismes, qui justement dispense l’artiste de faire. Face à ces balançoires, ces trains roulant sur des ressorts plongés dans des eaux d’aquariums, face à ces tables flottantes liées par des images de vidéo-projections, à cette orchestration amusante des dispositifs variés, composés de mécanisme simples, enfantins ou très technologiques, face à ce spectacle de simulation, déquilibre et de déséquilibre, nous reposons la question : Peut-on croire aujourd’hui à la merveille? Et plus spécialement peut-on accepter la beauté merveilleuse de la machine? Peu disposée à y répondre, ou franchement sceptique, je pense subitement à Naples et au peuple napolitain. Je pense surtout à leur incroyable capacité d’émerveillement qui n’a rien de sentimental ni de moral et qui ne met pas de barrière entre la beauté et le réalisme, ni au cynisme, ou à la cruauté. La beauté est vécue ici comme l’évènement et c’est ainsi qu’elle devient le synonyme du merveilleux. Probablement, l’ombre omniprèsente du Vésuve rend l’existence suffisamment précaire pour garder à chaque instant de la vie cette capacité intacte. J’y trouve la parenté étonnante avec l’art et l’attitude de Frédéric Lecomte né pourtant dans les brumes picardes. Je la vois dans le caractère évènementiel et dérisoire de ses objets qui échappent ainsi aux lois, que le monde de la production nous impose ; dans le fait qu’il nous communique son vertige existentiel sous forme de plaisanterie ; dans son humour et dans sa légèreté et finalement, dans cette auto-condamnation  qui consiste à chercher perpétuellement l’équilibre dans le déséquilibre.

 

Anka Ptaszkowska, 2000 Paris

Annexe images

Les inconnus

Fait main

Éventails d'aménagements