WHERE YOU STAND, METZ avec la galerie DES JOURS DE LUNE....

 

Galerie Pascal Vanhoecke, à partir du 05 fevr 2016

Vernissage le 04/02/16 à partir de 17 h

14 bis rue du Docteur Gosselin
94230 Cachan / 06 84 07 57 00
 

- Alors, tu vas prendre tes crayons de couleur, la consigne est de ne pas dépasser les contours du dessin, d'accord...
-Maman, c'est la maitresse qui m'a dit de dépasser des bords...
-Maitresse, maman m'a dit que le dessin était flou alors j'ai un PEU dépassé.
-Maman, y'a le chat qui vient de bousiller mon devoir de coloriage...
-Maitresse, c'est pas à cause de moi quand je déborde, c'est maman qui m'a dit que c'était les pattes du chat.....
-M'man, la maitresse, de toute façon elle n'aime pas les chats...
-Maitresse, maman a tué l'chat, elle avait plus de rouge à lèvres, mais quand même, elle dépasse les bornes.

 

 

L'uniformisation de certaines références culturelles, la planétarisation de l'info et de l'image) modifient la nature du rapport que chacun d'entre nous peut entretenir avec son entourage ("l" entourage" ou le "milieu ambiant" sont des catégories elles-mêmes en évolution sensible à partir du moment où se réduit spectaculairement la distance entre le "proche" et le "lointain". La catégorie de l'autre se recompose du fait que, si ces phénomènes tendent à la réduire ou à l’effacer, certaines des réactions qu'ils entrainent ( xénophobie, racisme, folie identitaire) tendent au contraire non seulement si à la durcir mais à la rendre impensable, non symbolisable - ouvrant la voie à d'éventuelles folies meurtrières qui ne seraient pas sans équivalents historiques...( Marc Augé, pour une anthropo des mondes contemporains 1997..........)


It's up to him to do it
Frédéric Lecomte découpe le monde, le voile/le dévoile, le fragmente/le détaille, le découpe/le dessine , en se glissant dans ces interstices là, dans les interstices de ses découpes, il ne fait que mettre à l'envers les choses et les images à l'endroit, derrière c'est devant, dedans c'est dehors. La vie nous donne le plus grand plaisir quand nous la regardons en tant que fragment ; combien le tout nous paraît horrifiant et nous paraît, au fond, la perfection achevée. C’est seulement si nous avons la chance de transformer quelque chose d’entier, de fini, oui, d’achevé, en un fragment, que nous en retirons une grande et parfois la plus grande des jouissances. C’est seulement lorsque nous nous sommes rendu compte, à chaque fois, que le tout et la perfection n’existent pas, que nous avons encore la possibilité de continuer à vivre. D’après T. Bernhard.
Frédéric Lecomte est de ce coté de l'histoire, il dessine au verso puis il retourne son dessin, il découpe le recto vierge  en cherchant à se rappeler dans la taille du papier qu'il cuter le dessin derrière le papier; de comment il avait ajusté son trait au verso. Nous faire découvrir de ce qu'il se rappelait. Lecomte n'est pas un chirurgien et ses histoires quand même sont sans vœux ni tête, cela tombe bien, son crayon à bonne mine.
Dans -Tout a peut-être commencé par la beauté- Jean-Marie Pontévia rappelle que –détail vient de tailler et signifie (couper en morceaux), le préfixe dé- indiquant la séparation. […] Il y a détail dès qu’il y a coupure, partage, dès qu’on sépare une partie d’un tout.-
-Le fragment n’a pas de contraire, il ne renvoie pas au tout, il est orphelin. Au contraire, le détail a bel et bien un contraire qui est l’ensemble.- .Autant d'outils bruts que les morceaux qu'il tente d'assembler en une unité de temps que celui dispersé du dessin, car c'est sans compter les heures et temps perdu. Frédéric Lecomte nous invite à entrer dans l'espace de la galerie saturée de 1000 ballons de baudruche au sol, avec imprimé dessus un clou et son ombre, Ceux-ci se déplacent, glissent, rebondissent, circulent dans l'espace comme l'attraction d'une pêche au canard dans une fête foraine. Les séches-cheveux impulsant le courant circulaire des ballons. Nul besoin de référence car tout est là, de l'eau, des bulles, des clous.

 

C'est avec seulement des commencements, des croche-pattes faient aux icones d'hier et d'aujourd'hui, qu'il joue le sale gosse à faire fumer des crapauds. A part quelques autres histoires destructrices pour faire ses mécanos, Frédéric Lecomte, avant de faire des trucs, a du avoir ouvrir le ventre des machines de ceux qui le précède et cela dans tous les domaines. Nul ne dira qu' il est en avance sur son temps, car obligé de faire deux pas en arrière pour dessiner des deux mains l'absurde de ne jamais pouvoir s'arréter le dessin de la beauté et la démesure du que dalle. Alors pour seule arme, Frédéric Lecomte se dote des outils qu'il se fabrique dans le dedans du papier et se permettre dans la paresse des soirs, d'inventer des couchers de soleil  non à refaire le monde mais le dire vraiment sans ou avec.

 Arrêt sur les commencements ; seuls, pas encore tués par la flagorne d’un résultat, par l’effet manchot d’un style. Démarrage : histoires de destruction. Faire fumer un crapaud ? Tiens. Refaire le monde ? Pas tout à fait. Le monde n’est « ni fait ni à faire », et on n’a pas mieux à inventer que courir dans le sens inverse de comment qu’il tourne. Frédéric Lecomte, qu’est-ce qu’il fait ? Iconoclaster tous azimuth, ouvrir le ventre des machines de tous ceux qui l’ont précédé - enfin tous ceux qu’il a attrapé du coin d’un peu de savoir. Il déplace de quoi fabriquer une beauté résonnée qui tinte de chaque pas en arrière, et déboîte chaque pas en avant. Il invente l’outil, il se préhistorise, il s’arme de conducteurs pour que passent courants, éclats, signes et déraisons. Et il les offre. Eléonore Espargilière

"Chauvet, c'est le futur." M. Barcelo

Le degré de dureté des mines de crayons est défini par l’échelle suivante :  9H  8H  7H  6H  5H  4H  3H  2H  H  F  HB  B  2B  3B  4B  5B  6B  7B  8B  9B Dure  →  Moyenne  →  Tendre      H (hard) : dur C'est Toumoï, 2015

C'ETAIT DEMAIN

Frédéric Lecomte

Les machines de rêves 

 

« C’est un appareil singulier, dit l’officier au chercheur qui se trouvait en voyage d’études. 

F. Kafka, Dans la colonie pénitentiaire, 1919

 

 

Frédéric Lecomte produit beaucoup de machines ; des appareillages complexes ou très simples, des dessins, des maquettes, des objets… c’est un univers en mouvement ; de rouages, de fils ou de câbles, de ressorts et de motorisations. Leurs mouvements ont une amplitude réservée… presque intime. En 2013, il a présenté au Générateur pour l’exposition Disgrâce une installation intitulée Porte plume.  Vingt fils tendus verticalement sur un large portant de deux mètres de côté soutiennent  chacun une plume d’oie. Des petits moteurs fixés sur la barre du sol font vibrer chaque fil. Les plumes s’agitent discrètement, en ordre dispersé. Ce mouvement minimal produit immédiatement un sentiment poétique. Les vibrations légères des plumes ne sont pas des dissonances mais des chatoiements, des caresses imaginaires où se mêlent énigme et beauté, grâce et déchéance. Car le mythe d’Icare n’est pas loin… évidemment. Lorsqu’on regarde Frédéric Lecomte travailler, il est souvent assis parterre, accroupi ou agenouillé – à hauteur d’enfant – auprès de ses objets et de ses machines qu’il tente d’animer. Il fume une cigarette qu’il coince délicatement à la commissure des lèvres et lève la tête, légèrement penchée, pour affirmer que la création est une affaire de précision, un peu de hasard, et surtout de patience. Ce sont des machines calmes et sereines, poétiques et ingénieuses qu’il réalise… un peu à son image.  

    Pour produire ses installations, il dessine beaucoup. Cette étape est cruciale parce qu’elle met en place des enchaînements que l’on retrouve assez fidèlement dans ses réalisations. Muni d’un carnet enroulé d’un élastique plat, il compulse des dessins, des phrases, des numéros de téléphones, des adresses, des impressions de visite d’exposition, des morceaux de journaux, quelques photographies… Tout est placé sur le même plan, mal écrit, dans tous les sens, taché, effacé, raturé puis réécrit. Cette somme indéfinissable d’informations glanées au fil des rencontres, au fil des observations ou des idées qui surgissent, est enfouie dans une poche de veste en cuir et se déplace de rendez-vous en rendez-vous, d’ateliers en galeries et de visite d’exposition en comptoirs de bar. Cette déambulation permanente, lente et mesurée, est un rythme : c’est celui-là même d’une marche où chaque pas vérifie légèrement l’assurance de sa réception. Il se produit une trace presque invisible. Comme dans son carnet, l’inscription coïncide avec la trace anonyme d’un passage discret. L’intention est toujours fantomatique, collective, et en retrait de tout discours possible.  Alors s’il saisit le carnet et le tend pour que nous présenter ces signes-traces, on sent que c’est à dessein de prouver l’impossibilité de dire et de montrer ce qui est inscrit. C’est une compilation mentale, une cartographie personnelle qui ne dit jamais rien du projet. Seule la voix qui l’accompagne, et qui introduit digressions après digressions, suggère par indices des profils d’œuvres à venir. Les signes-traces seront un jour élevés, dressés et disposés dans un espace ; mais ce jour-là il sera seul dans l’espace d’exposition aux prises avec sa propre cartographie.

Ce sont bien des digressions à la fois organisées et aléatoires qu’il présente dans ses œuvres. Papiers découpés comme dans La photocopieuse (2009), tout est tracé en longs fils qui dessinent et se perdent simultanément. Papiers découpés, superposés, lignes tracées puis effacés, le corps se réduit à des contours incertains.

« Vous savez un dessin, faire un dessin, le faire se faisant, en découdre et le défaisant, refaire... Un dessin, ce qui ne peut se supporter, un machin machiné, fait de traits, un peu vrai, un peu menteur, hachis hachuré qui se béquille pour tenir debout. Vous savez un dessin, celui qui fait tenir les hommes debout, un Debout de dessin, on est bien là au début des choses. »[i]

Les gants blancs découpés et étirés, entremêlés, enchevêtrés de l’œuvre Le mur des manutentions (2013), cherchent un point de rupture que l’accumulation désordonnée fait tenir malgré tout. Ce sont des labyrinthes où la main s’allonge jusqu’à son maximum pour effacer toute forme véritable et ne plus laisser apparaître que la tension, le suspens d’une action intenable. Les corps deviennent  des lignes brutales, aiguisées. Comme le contour de son propre corps, celui de Frédéric Lecomte, saillant et pointu, tous les éléments du corps, mais aussi toutes ses machines, se réduisent à des formes sans croissance. Cette fragilité a un sens. L’installation Etais moi (2012) est d’une simplicité extrême. six étais de BTP sont fixés depuis le sol jusqu’au plafond. Ils sont doublés. A la jointure verticale de chaque étais, presque mi-hauteur, des ramettes de papiers A4 sont coincées et pendent. Avec espièglerie, une feuille dépasse les autres : une langue est dessinée... Elle porte la trace d’un dessin qui pourrait être celui d’un enfant. L’installation affirme une chose claire : la forme est une prise de pouvoir. Sur quoi ? Sur ces signes-traces inscrits à la volée ? Sur une certaine naïveté, une adolescence prise en étau ? Un élan d’où pourrait naître un éparpillement qui couvrirait le sol comme un tapis fragile disposé intuitivement en mosaïque ? Non, tout est dans une retenue, une contention, une fixation violente et dure ; arrêt soudain, attente inlassable. Les feuilles qui pendent dans le vide forment une jointure, celle d’un genou béant qui parvient à souder fémur et tibia. Ce qu’il y a de plus vulnérable est aussi ce qui offre la plus grande résistance. Ce qu’il y a de plus dure et de plus droit est aussi ce qui sert de tuteur à la fragilité qui passe en la maintenant à hauteur, cette hauteur du visage, un peu au-dessus, un peu au-dessous.

En 1895, Freud fait un rêve dont il va donner l’interprétation sous le titre : « L’injection faite à Irma ». Son analyse du rêve donne deux éléments clefs pour la psychanalyse : d’une part la « résistance » à l’analyse, notion sur laquelle Jacques Derrida revient dans son livre Résistances de la psychanalyse, et d’autre part la « condensation » comme processus intrinsèque du rêve qui engendre la formation de « personnes collectives, types mixtes ». C’est à ce second élément que je voudrais m’intéresser ici pour mieux entrer dans l’univers des œuvres de Frédéric Lecomte. La photographie Arbre debout (2013) choisi pour illustrer son exposition Comme si de rien à la galerie Claudine Papillon présente l’ombre d’un arbre sur un mur blanc qui, par jeu optique, constitue le tronc d’un autre situé derrière le mur. Cette articulation fantomatique qui rappelle le rêve de Freud. Différents éléments hétérogènes concourent à produire une image qui dépasse le simple jeu de perspective… en choisissant cette image pour désigner globalement sa proposition, il annonce, comme par métonymie, les processus qui président à chacune de ses pièces. Celles-ci reflètent fidèlement son carnet : des éléments de plans différents s’associent, se rassemblent et se « condensent » pour offrir une autre réalité, une forme « collective ». « Ce processus de condensation est particulièrement sensible quand il atteint des mots et des noms. Les mots dans le rêve sont fréquemment traités comme des choses, ils sont sujets aux mêmes compositions que les représentations d’objets » précise Freud.

 

L’œuvre de Frédéric Lecomte doit être regardée aussi sous un angle rarement abordé. Puisqu’il est possible de faire un lien explicite entre ses machines, installations, montages, dessins, films d’animation avec la forme des rêves, il importe de poser la question de l’Eros[ii] qui est particulièrement présent dans de nombreuses pièces. Dans ses films d’animation, des mains découpées et redessinées opèrent la masturbation d’un corps invisible, une femme découpée dans du papier prend une pose lascive et se tord sous l’action conjuguée d’un moteur et d’une soufflerie, deux seins de femmes dessinés et collés sur des plaques ovales tournent sur eux-mêmes et se croisent, une poupée Barbie® est assise empalée au centre d’une platine de disque vinyle tourne sur elle-même, des autoportraits photographiques nus, réalisés à l’échelle 1, sont traversés par des néons comme des Saint Sébastien, des fesses de femmes en petites culottes sont suspendus au-dessus de nos têtes et vont-et-viennent grâce à de petits moteurs à hélices…  Les petits films que Frédéric Lecomte réalise pour témoigner de ces installations ont une étrange texture. Ils sont bruts, sans étalonnage, montés à la volée – en cut up –.  Il réalise aussi des films de montages où des extraits d’autres films sont capturés, assemblés et travaillés plastiquement comme dans déshabiller le blanc (2010). Sur fond blanc donc des corps roses, orangés, crayonnés ou peints grossièrement émergent, se détachent, se mélangent à d’autres, puis se détachent… dans un ballet chaotique et répétitif. Les corps sont importants : déshabillés ils servent à « rhabiller le monde » (Frédéric tire cette expression de chez Adorno) qui a été mis à nu (comme les célibataires ajouterait-il) par les violences politiques, par les condamnations et les exécutions. L’érotisme des installations et des films est pensée sur fond de mort et de disparition. 

Or c’est une économie libidinale qui est en jeu dans l’ensemble de ses œuvres. S’il efface, masque et redessine des corps en mouvement comme pour « déshabiller le blanc » et « rhabiller le monde », c’est qu’il possible de mettre en place par ses œuvres une autre économie du visible et des désirs. Ses machines aux rouages incertains, où l’entropie est mise à nue ; ces mains, fesses, corps s’agitent comme des ombres et relancent l’interrogation sur le désir – désir de voir et désir de ne plus voir, désir de répétition et de variations d’intensités. C’est sans doute Klossowski, avec quelques autres, Sade, Bataille, Masson, qui a théorisé avec le plus d’insolence et de précision une autre économie du désir, à laquelle se joint allègrement Frédéric Lecomte. Elle s’oppose à celle d’une économie politique qui structure l’ordre pulsionnel par la gestion des désirs et des plaisirs au travers des processus de contrôle, de rentabilité, d’effectivité. A cette stratégie morbide de la vie libidinale, des flux et des solidifications, de la libération puis de la censure, dont la marchandisation se sert pour sa propre énergie, il oppose le mouvement qui s’arrête, « vocation suspendue », le geste qui se fige et se gonfle de toute l’intensité de l’émotion, pour elle-même, dans son cercle infini et éternel, dans sa fragilité aussi. Dans ses écrits plus romanesques, mythologiques et baroques, Klossowski relancent la vertu créatrice de l’« émotion voluptueuse » qui montre et dissimule à la fois, suggère et impose, qui part et revient sans cesse.

« Car réduit à la plus simple expression de l’envol promis, mais d’une légèreté apte aux ondulations infinies de la béatitude – il discerna d’abord – au gré de sa concupiscente perception qui rétablissait à sa mesure la disparité entre ces flatteuses étendues et sa propre appétence – tel un tendre tissu sous sa frêle démarche, la vaste paume d’une main féminine – au creux de laquelle il se pensa blotti – dont les doigts effilés s’appuyaient  sur la hanche dévalant immense et immensément nue que lui-même contourna, la survolant de ses diaphanes ailes […] : l’obscurité l’enveloppa de nouveau – à peine eut-il le temps de respirer la tiédeur à l’étroit de souples parois d’épiderme : un craquement retentit, répercuté en lui-même à l’infini. »[iii]      

Les œuvres de Frédéric Lecomte se font l’écho de cela ; bazar monumental où tout est mis à nu, ses expositions tracent des fils de désirs qui relient de « flatteuses étendues » à « sa propre appétence » au creux de mains toujours présentes, fascinantes, luxueuses et dénudées. Voilà « l’envol » qu’il nous promet… jusqu’au « craquement » d’un réglage heureusement mal ajusté.

 

Jérôme Diacre, 2015

 

[i]  Frédéric Lecomte, A dessin perdu, 2009

[ii] « Après complète interprétation, tout rêve se révèle comme l’accomplissement d’un désir » Freud, « L’injection faite à Irma »,

[iii] Pierre Klossowski, Le Baphomet, Mercure de France, 1965, p. 127-8

-Le bal des ampères- 2015 :
Frédéric Lecomte, catalogue édité par la galerie Jean Collet, Vitry-sur-Seine. 100 pages couleurs,
19 x 25 cm, dos carré collé, couverture souple.

ISBN : 979-10-94152-01-0
Textes de : Eléonore Espargilières, Jérôme Diacre
Distribution : sur demande à la galerie Jean Collet, 59 rue Guy Möquet, Vitry-sur-Seine 94400.             01 43 91 15 33

Envoie à titre gratuit.


-Le bal des ampères, 2015. ] Complément d’informations [
Supplément au premier catalogue de la galerie Jean Collet.
164 pages couleurs, 13 x 21 cm, dos carré collé, couverture souple. Impression numérique.
Textes de :  Eléonore Espargilières, Jérôme Diacre, Catherine Grenier, Michel Le Bayon.
PDF sur demande, envoie à titre gratuit.
Edition sur demande : 25 euros TTC avec port.
Contacts : Frédéric Lecomte,  0661381260
Galerie Claudine Papillon & Galerie R+1 13 rue Chapon 75003 Paris +33 (0)1 40 29 07 20

DEPEINDRE 2015.pdf
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DU DESSIN ET LA VIDEO DE SON IMAGE, 2015[...]
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METZBAU  
o6/11 au o3/12 2014
Galerie des Jours de lune
5 rue de l’Arsenal, 57000 Metz
D’après une idée de Viviane Zenner et Frédéric Lecomte

Les artistes de l’exposition METZBAU ; Agnès Rosse, Sylvain Marchand, Rémi Boinot, Jean-Luc André, Frédéric Lecomte.

 

Tout s’habille, encore faut-il trouver de quoi l’air du temps offrira pour nos peaux, nos décors d’appartements, la couleur de la future voiture de maman,  le capitonnage de nos têtes, ou le dîner de ce soir qu’il faudrait vite envisager alors que le frigidaire version 2.0 n’est même pas habité des courses du vendredi soir, quelque chose ne tourne vraiment pas rond !
 S’il ne suffisait que d’habiller les choses, les hommes, les villes de ce qui apparaitrait comme de la plus grande élégance, se voit ici desservi. Car l’art n’a pas vocation de faire papier peint ou seulement de s’accouder contre les murs, ni même de dire des choses supposées incontournables. Il est ce qu’il est des contextes qu’il croise, il est le bâti d’un endroit, d’un quelque part,  ou la proximité demeure au côté de fragments déchirés à des attitudes, des comportements, des positions, des faires. L’occasion était trop belle pour l’exposition METZBAU stationnée à la galerie « Des jours de lune », de se rappeler au bon souvenir de quelques mots de passe à seule fin d’en être les dépositaires. De se distinguer de l’art en tenant salon quelque temps pour faire devenir un commun. Là, est la tâche ! Surtout ne rien lui subordonner. Ne rien faire qui chercherait à lui ressembler, échapper par tous les moyens à l’écrasante banalité du singulier, du jamais vu, ne rien vouloir entendre du rôle des artistes, de ce qui se dit d’eux, de ce qu’ils doivent être, échapper au devoir, refuser de s’exécuter. Et se servir de tout pour exagérer la vie nous dit Jean-Paul Curnier. En d’autres termes,  voilà une exposition qui en posant ces postulats active les entrelacs de ces œuvres en représentation. L’objet même de cette exposition étant qu’elle anticipe le travail parce qu’elle en réalise le principe même.
 Mais une exposition n’est pas le salon de beauté des mondes et de ses absences de santé ; quand bien même il n’en reste pas moins sa succursale, elle n’est pas là non plus pour convaincre que ses raisons se ricochent l’écho, car nul acteur ici ne se pose comme prophète mais plutôt comme le reporter d’une poétique du pragmatique, du concret. En s’attachant à des perspectives telles que l’eau, le feu, la terre, le temps, les artistes  offrent à notre regard le doute de nos avenirs immédiats. Ils nous donnent pour des soirs bien « nuits » certains demains pas sûr, pour sûr qu’il y  aura des lendemains. Ils augmentent la vie en faisant fi des obésités socio-politiques du moment tout en conservant l’œil hagard à certains retournements des conditions des peuples. Car il n’est pas d’artistes qui ne soient pas un œcoumène défrichant des sentiers perdus au détriment des autoroutes balisées, l’expérimental est à l’ordre du jour ; arrêter de prendre un poème pour un coucher  de soleil.
Alors, pour le 6 novembre 2014 vers 18 heures, cinq acteurs nous posent  un fragment de leur partition, le temps d’une lunaison au cœur de la ville de Metz. Agnès Rosse qui se régale d’évidences, somme toute banale mais qu’elle éclaire avec talent comme ce Ficus Robusta dont les feuilles  poinçonnées de trous réalisés à l’emporte pièces sont autant de scarifications qu’une anomalie de sa propre nature, une sculpture sous aspirine. Exploitation forestière de salon, rustines végétales collectionnées, le ton est donné. Contradiction de la chimie d’un végétal quand tantôt la bête retient la lumière pour transformer autant le CO2 que l’O2,  se voit démuni de l’idée même de parasol, de parapluie, privée de son rôle de poumon domestique. Design artificiel qui tombe par terre et il est bien évident que personne s’allonge sous un ficus troué, chez soi, lors d’une sieste à la plage ou dans son garage. La terre, oui ! Un pot de terre augmenté d’un arbre mort que Rémi Boinot expose au sommet d’un socle évidé de ses cotés, en l’occurrence un bonzaï.  Par définition, un arbre non mature dont la croissance est mutilée par mille prouesses sadojardinières. La bûche tombale pleure du haut de son promontoire, via un savant goutte à goutte venant faire claquer ses perles d’eau déminéralisée à la surface d’une jeune pousse de bambou. Tant va la souche à l’eau qu’à la fin elle ne brûle.  Et viva la vida…
N’était que ce supplice chinois qui n’en n’est pas des moindres se targue d’un réalisme naturel, le juste reflet de ce que la vie peut faire ou défaire selon ses réussites, ses hasards, ses monstruosités. La vie se riant de la mort car elle en est un de ces fondements nourriciers, l’un ne pouvant être séparé de l’autre, vie et mort étant une même unité de temps et de lieu. De la même manière Sylvain Marchand qui enchâsse le poster d’un palmier carte postale, dans un caisson à U.V.A. Promesse d’un voyage non tenue d’une agence dépourvue de destinations dont les valises sont remplies déjà de souvenirs se souvenant à venir, ne transportant que les peaux mortes d’aventures publicitaires ou le rayonnement artificiel des apparences du porteur, une exposition sous couvert de la tutelle de monsieur Kaposi. A vos ordonnances. On en prend plein son grade et ses mirettes, les jeux de mots allant bon train, voilà une œuvre qui remplit la gourde de nos déficits en vitamine D, et oui ! Pour briller il faut bruler. Puis Jean-Luc André, le fou du roi, l’allumé du bocage normand. Oui ! Jean-Luc André qui n’a de cesse de faire plus mal qu’il ne saurait faire, faire encore plus con que sibyllin, qu’il remplirait à lui seul les lignes percées des Incohérents. Aux armes !  Jarry, Allais, Renard. Aux armes ! L’idiotie, la bêtise ! Passer au presse purée les mots d’ordre qu’il détourne dans les loges factices de son théâtre de papier. Ici, la raillerie se dispute au cynisme, la moquerie de soi comme seul raffut. A l’affût des actualités de nos contemporains,  il traque, craque, sketch tel un Goya qui aurait inventé Facebook pour dégueuler sur les crimes des collines d’à coté. Il nous tire le lait de nos pantomimes. Voilà un artiste au flegme pommier  qui au pied de son arbre nous dit qu’un paysan qui passe au lointain d’un paysage picard n’est ni plus ni moins qu’un accident de relief. Quant au dernier acteur, Frédéric Lecomte, nous tangue mécaniquement Hokusai, divisant en deux plans séparés la non moins célèbre estampe de ses variantes. Le jardin venant télescoper le lointain, décors de fond de théâtre prenant la figure tantôt de mains scélérates, tantôt juchée au frontispice de la vague comme l’écume des soupirs d’une mer qui elle aussi à ses chaleurs. La découpe au plasma sous entendant le feu sourd de cette montagne qui prend pied au fin fond d’un abysse dont le sommet n’est que la tête pétrifiée de ses humeurs.  Du coup l’horizon a pour inatteignable point de fuite le Mont Fuji qui n’a de cesse pourtant d’être à demeure. Il est cette ligne de flottaison comme le sont les pyramides, des phares de pierre sans lumière dans un océan de grain de sable mobile, un terrain vague. Découpée en creux, l’articulation de l’onde sonore se fait paire de ciseaux, les ciseaux d’un monteur d’actualités catastrophes. Le dessin d’un monstre animé que la machine répète par va et vient successif, et qui inscrit dans le mouvement de cet exercice imposé, la seule chose qu’elle sait faire : le mouvement propre à désigner sa forme et le son de son signe. Elle est l’écho mobile  des plaintes souterraines d’un socle en mouvement sans cesse. Il y a cette hésitation de percevoir quelque chose de présent comme si cela avait déjà été et à l’inverse, une sorte de contre courant qui ferait  percevoir comme passé un quelque chose qui serait. La machine par conséquence articule le mouvement même de son signe, la lenteur de sa figure mourant sur la  grève et qui se retire comme aspiré pour donner une synergie à la suivante. Une redondance propre à la boucle, à la répétition, à la machine qui mime  le geste d’un dessin, sans jamais retenir de lui un semblant de ligne, de matière, de cadre,  un dessin sans mémoire de papier comme l’est une déferlante tirant un trait sur tout ce qui bouge en surface. L’eau n’a pas de mémoire si ce n’est l’empreinte de ces coups de burins, la machine en a encore moins si ce n’est sa notice technique livrée comme seul état d’âme.
  En somme, c’est par la multitude  des points de vue qu’avec Frédéric Lecomte et  son « Vague alarme », Agnès Rosse et son « Robusta », Rémi boinot et sa « Toilette suprême »,  Sylvain Marchand et son « Ecran Total »,  Jean-Luc André et  son « Actualité du monde vague », nous posent les rouages échoués d’un jardin provisoire , le jardin des altérités plantées dans l’avant-cour d’un Merztbau. Alors oui !  Rien ne manque à l’art qu’une autre exposition à la peau collective, excepté peut-être l’occasion de la manifester avec leur propre exubérance servie modestement,  le sourire en coin. Pour l’heure, le reste est  pesanteur tout au plus, alors autant poser un temps mort, histoire d’être au rendez-vous du calcul des prédictions météos. Venez prendre un coup de soleil ! … C’est la lune qui vous le dit.

F.L

 

Renseignements ;
Galerie des Jours de Lune ;
viviane.zenner@facebook.com
Viviane Zenner :
 http://vivianezenner.com
http://vivianezenner.artblog.fr

Agnès Rosse :
www.agnesrosse.com


Rémi Boinot :
www.remiboinot.com

Sylvain Marchand :
www.laporcherie.com/artistes/28-artistemarchand.html
www.lesateliersvortex.com

Jean-Luc André :
www.lara-vincy.com/jean-luc-andre-fr/oeuvre/
Frédéric Lecomte :
www.frederic-lecomte.com

 

FRÉDÉRIC LECOMTE & YANN PEROL 

Ceci est la vérité, parce qu’on l’a fait / 
Parce qu’on l’a fait, c’est la vérité

OPÉRA PERFORMÉ 

 

AVEC CAROLINE BARCLOÏC CONNANSKIPASCALE GUSTINMAGALI HALTERGIO BLACK PETERLAURENT PREXLNEN, IRÈNE BOUSQUET ET LES PERSIFLEURS FRÉDERIC LECOMTE, YANN PEROL ET SARAH VENTURI

« Violemment ces inconnus se font proches, comme portant en eux une partie d’eux mêmes, c’est là le commun de l’affaire, c’est là que ce tient l’art, celui de jouer debout à l’unisson, tout un programme ! »


Au rythme aléatoire d’une batterie vrombissante, s’organise ce bordel artistique dans la juste continuation de la première partie de la Soirée Fluxus. Juchés sur leurs échelles et jouissant d’une vue en surplomb sur les actions en devenir, les trois persifleurs Frédéric Lecomte, Yann Perol et Sarah Venturi, orchestrent et commentent les faits des gestes des artistes en liste. Chaque auteur devient l’instrument d’une partition commune : en résulte impacts et incidences sur leur jeu artistique et collectif, préalablement écrit.
Catalyseur de ce projet – une forme d’opéra performé - Frédéric Lecomte choisit Le Générateur comme champ de bataille. 
Les 9 artistes dans la mêlées, seront-ils se montrer à la hauteur ? Auteurs d’un exploit artistique ? 
Dans cette partition commune, chacun joue sa gamme, devenant au fur et à mesure l’instrument de l’autre. Foncer droit dans le mur, aveugler par leurs propres certitudes ou trouver un chemin pour aller de l’avant (de l’art). Il s’agit simplement de regarder où l’on va.

 

FRÉDÉRIC LECOMTE.

Fédéric Lecomte est de ceux qui ne travaille pas à la légère…Il développe son oeuvre au travers de pratiques artistiques les plus diverse (machines, vidéos, installations dessins...) et mène en parallèle (en colaboration régulière avec Le Générateur) une démarche de programmateur d’exposition (collectif Disgrâce et la NoGallery). Représenté par la galerie Claudine Papillon, il demeure un électron libre, un poil à gratter entre l’humour et la dérision, il fait son cirque. Ses machines installations et dessins jouent sans cesse avec l’équilibre ; celui entre sérieux et comédie entre surprise et déception, entre poésie et propagande critique.

Site : www.frederic-lecomte.com/
www.youtube.com/user/fredericlecomte/videos

 

YANN PEROL.

Site : lafoggalerie.blogspot.com

 

 

 

 

C'est parce qu'on l'a inventé que c'est la vérité.

Il est un bateau ivre et les cales sont pleines.
On ouvre les caisses, les fly, on en sort les micros, les lumières, les acteurs.
Et les voilà, déployés, titubants et joyeux,
des marins flanqués sur terre, arrivés de la veille,
saoul de la houle, blanc comme des cierges de Pâques
ne sachant plus marcher, ils vaguent entre trottoir et  zinc.
Détachés du reste, ils s'épleurent de rien, détachés debouts,
ils s'agitent du vent des félures de nos presque tout,
ils s'agitent sur le fond plat mordoré de leur génie.
Nous y voilà, avec la promesse non tenue d'un spectacle à voir,
de s'y entendre  de nos quant à soi , que de vos quant à vous-mêmes.
Entre les choses et les bruits du monde, 
de ceux qui frappent des pieds, claquent des mains.
A nous marins d'eau douce de jouer 
cette chose à faire, quand il  ne reste que ça pour parler, crier, jurer.
D'être indocile, et de mordre la laisse,  laissé aux cous de nos certitudes.
Il n' est pas certain que l'on touche les étoiles, 
le hasard n'est sur de rien mais la nécessité veille.
Cependant il est certain que nous serons suspendus sur le fil du doute,
de tirer la voîle de l'imprévu, du pas possible, du peut-être, du moi non plus. 
En tout cas de ce qui a déjà disparu avant même d'être, et d'annoncer la lumière.
Il est certain qu'il faudra tenir la ligne, de l'ajuster
aux humeurs du temps qu'il conviendra de passer entre ce 
bateau accosté à vos barges et nos abordages 
qui prennent l'eau, évasé de nos boues.
"La lionne fuit le lion en rut, la mer elle aussi à ses chaleurs",
nous avons les mêmes quand on se fait regarder...
Le trac mis à genoux, on plie d'effroie,
on est seulement là pour le pire ou le meilleur.
LE DERNIER des TURCs ;

Cela est la chose que je devais allonger à la table de mes ratures, sans poésie ni fioriture, mais juste étaler une  tristesse qui ne tenant debout, titube, qui ne sait même pas d'où elle vient quand on le lui demande. Le tout, ne tenant pas à grand chose seulement le fait de l'avoir croiser un jour, et on les a eu pour sur nos beaux jours, mais il y en a un de jour, quand celui là au matin te réveil pour faire, arrivé vers midi tu refaits, et quand point le soir on sent la défaite vous rire au nez, comme sur les bordures d'un orage quand l'eau de la pleut se pose à tes bâbords, quand sent la terre mouillé mais aucun arrosage à lhorizon. Le chaos jamais soulagé,  et écraser cette cendre qui dégueule du cendrier, merde!.
On s'est quitté et de ce jour où j''ai perdu mon amour,  il me fallait colmater mes brisures. Je n'avais rien dans le paletot, ni même dans le creux de la tête et puis c'est mis à rebondir l’infamie, ce devoir d'être au quotidien,  remplir ma tâche ou me remplir de tes plaintes. Cela est bien vulgaire, mais oui, de te remplir le ventre  de tous les maintenants alors que je n'ai jamais été le beau ch'val blanc de Georges, mais plutôt celui de derrière comme sont les mômes avant que  l'hystérie du pouvoir ne les touchent, moi-même un peu sale gosse à califourchon sur tes fesses d'hier à guetter l'horizon de mes disparitions. J'ai pris le partie des cons, oui les cons ça reposent, me voilà en plein solo, un truc comme ça, sans que je puisse me refaire ayant abîmé ma monture, je sculpture l'air de rien, en tout cas faire sourire tes ronde-bosses.
Il faut à cela prendre la mesure des graduations, s"enquérir d'un désastre déjà bien plein, ce qui serait de la haine devenu un abandon, puis un refuge SPA et puis, et j'allais dire déjà le soir quand mes appareillages tombent en ruine.
Mais il faut avant tout autre chose que je me dise que rien n'a été touché dans le fond, que ma boue est partout et ailleurs, et au lieu de faire barrage, remonter à la surface et s'en démettre, être du jeu, sans faire exprès de tenir debout, se départager. Je voulais introduire cette putain, ma salope, quand je gueule et qu'elle ne veut rien entendre de mes obligations, de mes autorités, celles qui ne ménagent pas mes nuits, cette garce, cette vilaine, qui sans cesse tombe en panne, cette rombière qui demande toujours de l'attention, des intentions et ricanent de ces petites démesures. cette saloprie que j'appelle "mes machins", en d'autre termes mes outiloëmes. Une machine à la pointe du déraisonnable et qui en fin de touche me renvoie toujours dans mes pénates, dans ma niche, à jouer du fil électrique le moteurs de mes amours, je me branche sur 220 v .
Elle est peu bavarde, remplit les contours, elle s'ennuie de ce qu'elle sait faire, avec des tentations à décoller, à voler, à tomber, à tourner, à toujours dévoiler ses charmes de mes mythes célibataires. Elle est le héros de cette histoire, elle est ma machine, mon truc, mon machin, elle, qui en prennant la pause quand elle tombe en panne prend des allures de sculpture. Madame, monsieur voilà ma machine.
                                                                                                                     DEPARTAGE ;

"Ce n'est pas pour devenir écrivain que j'écris,
c'est pour rejoindre en silence cet amour
qui me manque à le marquer ou le perdre
voilà une trace improbable, 
du verbiage des actualités
posés par çi, par là
des  textes sans lieu
le commun en supplément
avec des titres ou sans,  mais faire
seulement un livre
de ceux qui chaussent les étagères
juste des mots pour un demain pas sûr
pour sûr qu'on aura des lendemains
un pas de plus pour en faire plus
un pas de moins pour  être
dans le mouvement de tes pléiades
être au pied de tes devants
et rien qu'un livre
pour un pas de plus 
le tien mélanché entre nous
un livre peut-être
qui me repète
qui me rappelle
nos pas qui font des ouisses, 
qui font ni nonsses
des godasses qui couinent
comme des mots répétitions
sans les balles dans le fusil
à bonne mire, bon tire
Y placer une balle traçante 
une balle qui mouche un mot
un mot bléssé sur une page
un mot qui touche
il en faut juste un
et c'est la vie...
parfois qui meurt
bien à lui 
la moquette est rase
mais la figure a de la gueule 
Pour Guy
"Godverdomme, merde, get me out of this rotte place",
"it's always the same, first they want you to roll, then they leave you alone",
"I stop, i go to sleep, assholes".
 
Dé-collage ;

De rien naît  la chose, 
j’ai toutes les vies dans ta vie
je te tiens par toute la terre
je suis la nuit
pour te dormir
je suis le jour
pour te voir
et nous tournons
autour du monde
le sommeil dans la main
mais les yeux veillent
tous les yeux
sont du voyage
c’est à ne plus pouvoir dormir
tant il fait clair cette nuit
des mots de nuit
et je les garde ceux la
des mots pour faire un nous
des mots clairs
appuyer sur le bouton
allumer nos arrières
Lecomte/Meschonnic
                                                                                                             
Rosis, rosa rosarum

Rosis rosa rosarum, 2011

Actualités

Babelweb, 2012

Installation, nombre d'étais et dimensions variables selon plafond.

Etais, ramettes de papier A4, tirages numériques réhaussés, bois.

L'amour est un excès de solitude. l'amour c'est aller remplir et vider, et re-remplir et revider, mais de soi à soi bien souvent, et en même temps c'est l'autre qui rentre, qui porte les seaux et qui rentre en soi pour aller vider l’autre. l'autre est soi. avec des seaux. donc c'est indémélable. et si on enlevait nos égos vraiment. si on enlevait l'égo que resterait-il. l'égo est là, donc on invente l'amour, c'est-à-dire une monstruosité autre, un antivirus à l'égo, un truc pour détourner, et on se trouve un alterégo, on s'alterne pour ça, on dit à l'autre : altère et go! on cherche l'altération dans l'altercation, on cherche les mots de l'autre, et on ramène ça dans la tribu comme des parements, mais aussi parfois comme des poux. la tribu regarde et critique. et c'est là qu'on a inventé la théorie, la théorie a été inventée par les familles. tandis que la poésie fut faite par des amoureux. c'est les amoureux qui ont inventé l'étirement, la croisade dans le quotidien, c'est les amoureux qui ont inventé l'amour. personne d'autre. personne grimace mieux qu'un amoureux. personne ne joue autant que lui la paralysie. et tous les jours. dans le tombeau quotidien. dans tout ce qui nous rend cadavre il vit l'amoureux. il vit dans un cadavre mais en conscience. et c'est l'autre qui lui a donné ça, qui lui a allumé sa conscience, comme une loupiote, une ampoule lumineuse dans sa nuit d'être. car l'amour est monstreux. l'amour c'est remplir des seaux et les vider et les re-remplir et les re-vider. mais de soi à soi. c'est prendre tout à l'autre et lui donner. l'amour c'est un excès de solitude. c'est ça aussi l'amour. c'est se retrouver dans la peau du cadavre mais qui veut vivre, et l'amour seul nous tire de là, mais nous y remet. il nous remet dans le tombeau. il nous remet avec tous les parements de l'autre, tout ce qui fait qu'on va rejoindre la tribu avec sa langue arrachée. l'amour c'est mettre une langue sur l'autre et puis mordre dedans. l'amour c'est la morsure qu'on panse. morsure pensée de l'autre qu'on porte à soi. mais soi est un barrage à l'autre. c'est pour ça qu'on a inventé la chose amoureuse au même moment que la parole. c'est parce qu'il faut des alterégo, c'est parce qu'il faut des altérés à qui on dit go, colle-toi à tous ses mots, colle-toi l’égo à l'altercation, vis bien l'altération, vis bien ton moment tout altéré, où tu te désalternes, ou alors tu t’alternes, mais en chacun ton tour, comme à la Ducasse, pour y perdre toute ta place.

 

Charles Pennequin

1872 images seconde


D'après un texte de Zola extrait des Lettres parisiennes de 1872, propos tenus sur le bien fondé des récompenses, de l'exploit afin de le rendre plus modeste..." ...l'art est comme les femmes que l'amour rend belle..."


Les découpures de l'ordinaire, 2011

Extrait

 

"Découper est un art de boucher, passer entre les organes pour décoller la chair monnayable et en trier les quartiers. Frédéric Lecomte est un beau salopard qui nous dit joliment, dans l'éclat séduisant et vide de ce qu'il nous reste d'icônes, que le roi est nu, que le veau est d'or, l'animal en cage, et que rien n'a changé dessous les lustres."

E.E

ARMES BLANCHES, 2012

Armes blanches, 2012

Personne ne sait ce qui se passe aujourd'hui parce que personne ne veut qu'il se passe quelque chose,
en réalité on ne sait jamais ce qu'il se passe on sait seulement ce que l'on veut qu'il se passe, et c'est comme ça que les choses arrivent.
En 17 Lénine et ses camarades ne disaient pas:
Nous allons faire la révolution parce que nous voulons la révolution.
Ils disaient " Toutes les conditions de la révolutions sont réunies, la révolution est inéluctable !"
Ils ont fait la révolution qui n'aurait jamais eu lieu, s'il ne l'avait pas faite et qu'il n'aurait pas faite
s'ils n'avaient pas pensé qu'elle était inéluctable uniquement parce qu'ils le voulaient.
A chaque fois que quelque chose a bougé dans ce monde ça a toujours été pour le pire!
Voilà pourquoi personne ne bouge, personne n'ose provoquer l'avenir !
Faudrait être fou pour provoquer l'avenir !!!
Faudrait être fou pour risquer de provoquer un nouveau 19 un nouveau 14 ou un nouveau 37.

- Alors , il ne se passera jamais plus rien ?
- Si parce qu'il y aura toujours des fous et des cons pour les suivre
- Et des sages pour ne rien faire...

 

Jean-Pierre Léaud
"Liberté , La Nuit", dir. Philippe Garrel, 1983.

Communiqué de presse, "Tête à tête", Galerie domi Nostrae, LYON, 25 février 2011
dossier tête à tête - Copie.pdf
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Drawing now 2012, Galerie Claudine et Marion Papillon


Philippe Dagen le traite de « dandy conceptuel ». Frédéric Lecomte est à coup sur un merveilleux funambule toujours sur le fil du rasoir entre le sens et le non sens. « Cela doit tenir autant de mon physique que de ma manière de faire les choses ». Essayer de ne pas tomber. Rester absolument sur la corde. Alors que pourtant rien n’est jamais sûr, que « tout peut aller à vau-l’eau ». Tel est sûrement le but ultime de cette œuvre protéiforme qui aime frôler le danger. Adepte de la récupération et fanatique d’archéologie, Frédéric Lecomte traverse donc l’univers de l’art tout azimut pour donner à voir des dessins, des installations, des vidéos, des sculptures… « Du dessin à la machine, il n’y a pas de hiérarchie. Une machine dessine dans l’espace comme le geste s’inscrit dans le temps », explique l’artiste dans son salon-atelier-pièce à tout créer où se mélangent dans un joyeux imbroglio ses œuvres en partance pour la galerie, ses ordinateurs et autres instruments à fabriquer des rêves ! Ce manipulateur un peu fou dévoile ainsi au Salon de véritables morceaux de poésie. Un dessin découpé méticuleusement dans le papier accroche entre ses fils des corps de femmes nues en lévitation. A ses côtés, le résultat magique de la projection en un seul geste de pigment noir sur une boule de papier. En face, une jeune femme se regarde dans un miroir, lèvre contre lèvre…  Une branche se dépose délicatement sur un dessin de feuilles encadré. La préoccupation de Frédéric Lecomte ? Un mouvement qui s’épure de plus en plus, cherche l’essentiel, en quête du moment de grâce. Et ce n’est pas cette dernière, loin de là, qui lui fait défaut.

Anne Kerner.

www.ouvretesyeux.fr

 

 


Frédéric Lecomte est un des artistes les plus inclassables de la galerie.

Le dessin habite toute sa pratique, jusqu’aux supports les plus éloignés et les plus technologiques comme la vidéo, qu’il ramène aux racines du geste graphique et du repentir classique.

De même qu’il installe le dessin dans d’autres domaines, il en excède

les conventions quand il le pratique que sur papier, découpant les

fonds et nouant physiquement les lignes ainsi extraites aux tracés, ou encore couvrant de crayon des motifs photocopiés que son intervention rend à une virginité d’avant l’image reproductible. Il s'attaque férocement à de nombreux sujets que son attention envers notre époque lui fait dégager du flux de l’actualité. Son travail allie avec une paradoxale légèreté ses préoccupations éthiques et une permanente innovation formelle...

Dossier de presse

Galerie Claudine Papillon, Drawing Now 2012


) Pré-voir


Il n‘y a pas plus menteur qu‘un catalogue, il n’est pas une exposition, il ne donne pas à voir, "il  renvoie" et s’accorde dans le temps de l'effeuillage des pages un accrochage de fiction, qu'il énumère avec l’ensemble des oeuvre en textes et en images, nous laissant sur notre faim de n’avoir pu vérifier ni même s'éxalter à faire l’expérience des choses ; - on ne peut pas tout faire!... C'est pourquoi, pour rendre compte il se facebook, se PDF car on ne peut tout accumuler, il s’album sur le réseau, histoire de se faire voir encore un peu plus. Il est menteur car il recadre, il efface les taches, gomme les prises électriques et les verrues d'acryliques, retouche les perspectives et autres lignes de fuite, il veut parfaire, en éclairant tout autrement les points de vues qui, par-là même, deviennent des fictions qui se la raconte un peu. Il est menteur car il masque la réalité des expériences et n’est là en somme que pour représenter, communiquer. 


Tout en affirmant son rôle d’outil, son intitulé est là pour signifier que revue, c’est revoir, s’appuyer sur ce qui a été fait pour envisager ce qui se fait, c’est un fichier point rar qui décompréssé s'arrète sur les bordures témoins des images, il ne faut pas que ça déborde, d'ailleurs on voudrait le faire qu'on ne le pourrait pas. Il est menteur car on sait très bien que le temps ne s’arrête pas, que ce qui a été ne peut plus être rejoué, seulement, peut-être un souvenir de plus dans l’album photo de nos anthologies artistiques. On pourrait lui trouver certaine grâce dans le fait d’informer, de situer le temps du travail et de ses amplitudes, seulement il n’en est rien : il nous raconte des histoires et les histoires comme les monographies, les librairies en sont pleines. Mais menteur il est, car je le suis aussi, à trafiquer les images, à les bidouiller salement, faire pour de faux de vraies machines et vice versa, faire intelligent, beau et pertinent, se prendre pour le héros du jour. 


Il est des postures délicates quand il s’agit de mettre sa vie en porte-à-faux avec ses représentations et ce qui se fossilise en terme d’ouvrage, de concrétions de la pensée, son militantisme, ses convictions, ses ratages, quand après l‘exposition, oui, il ne reste plus que l‘image pour dire son exception, sa rareté, l‘éphémère de sa performance, quand il ne reste que les mots et les images pour encore en parler. Le catalogue est menteur car il rend les choses lisses, sans grain et ne permet en rien de profiter des ressentis et des enjeux  d‘une  exposition,  d‘un  spectacle, d‘un film au cinéma, la chose ne devient qu’un effet de surface, on n’est plus en situation, ni dans la projection mais dans la récitation, ceci dit, mal nourries, ces pages sans images et sans mots seraient mortes de faim. Quand bien même il s’agirait d’un carnet de notes, d’un break pour donner à revoir le fil tendu des choses faites, sous-entendre comment se fabrique la pensée avec ses rencontres, ses enjeux, ses convictions, il est le relais là,  entre le fait réel du travail et sa représentation.

 
Peut-être alors le voir comme un bilan, le comptable des choses faites, ou l’état du moment, de toute façon on peut toujours s'en s'arranger avec. En rien rétrospectif ni exhaustif, ce livre rendra compte d’une pause mineure dans la tourmente et bouillonante économie des faires, en laissant une image incomplète du travail - et c'est important - afin de laisser aux lecteurs une marge de manœuvre pour vagabonder dans le temps des pages. J'ai vraiment envie de jouer le naïf, et que ce livre soit donné comme un présent, pas un cadeau que l'on mériterait ou un gage de bonne conduite, mais un cadeau comme seul don. 


Pour reprendre les mots de Zola "l'artiste n'a le droit qu'aux publics", mais qu'elle est ce droit ? Il implique que l'art ne saurait exister que par sa seul présence. Par défaut il deviendrait le lieu du rien s'il était un-vu, une chose sans chose, un "nulle part sans ailleurs que lui même", preuve s'il en est de son existence car a-t-on déjà vu quelque chose qui n'existe pas ? Pour ma part je l'ai ai vu cette chose et vous laisse entre les mains un livre d'images laissé pour compte en compléments d'objets…


Frédéric Lecomte, 2011