Si et seulement si...

C'est avec seulement des commencements, des croche-pattes faient aux icones d'hier et d'aujourd'hui, qu'il joue le sale gosse à faire fumer des crapauds. A part quelques autres histoires destructrices pour faire ses mécanos, Frédéric Lecomte, avant de faire des trucs, a du avoir ouvrir le ventre des machines de ceux qui le précède et cela dans tous les domaines. Nul ne dira qu' il est en avance sur son temps, car obligé de faire deux pas en arrière pour dessiner des deux mains l'absurde de ne jamais pouvoir s'arréter le dessin de la beauté et la démesure du que dalle. Alors pour seule arme, Frédéric Lecomte se dote des outils qu'il se fabrique dans le dedans du papier et se permettre dans la paresse des soirs, d'inventer des couchers de soleil  non à refaire le monde mais le dire vraiment sans ou avec.

 

                         Ephéméride, 2016

e.feuille, 2015./ Efeuillage, 2016/ Feu forêt,2013/ Madames, 2016/ Ephéméride2,2016. Ensemble de 6 découpages, tirages numériques, papier marouflé, craie, 40x60 cm, 125x170 cm.

                       SANS PERDRE DE TEMPS, 2015

SANS PERDRE DE TEMPS (Incendie), 2015. Gouache sur plexi, 120x175 cm.

De comment tirer les ficelles de certaines récurences au travail :

 

La vie nous donne le plus grand plaisir quand nous la regardons en tant que fragment ; combien le tout nous paraît horrifiant et nous paraît, au fond, la perfection achevée. C’est seulement si nous avons la chance de transformer quelque chose d’entier, de fini, oui, d’achevé, en un fragment, que nous en retirons une grande et parfois la plus grande des jouissances. C’est seulement lorsque nous nous sommes rendu compte, à chaque fois, que le tout et la perfection n’existent pas, que nous avons encore la possibilité de continuer à vivre. D’après T. Bernhard.

 

Dans -Tout a peut-être commencé par la beauté-  Jean-Marie Pontévia rappelle que –détail vient de tailler et signifie (couper en morceaux), le préfixe dé- indiquant la séparation. […] Il y a détail dès qu’il y a coupure, partage, dès qu’on sépare une partie d’un tout.-
-Le fragment n’a pas de contraire, il ne renvoie pas au tout, il est orphelin. Au contraire, le détail a bel et bien un contraire qui est l’ensemble.-

Post de Magali Sanhiera.

                         VOL DE NUIT, 2015

Vol de nuit, 2015 : 4 dessins sur acétate,13x15 cm chaque piéce, moteurs 1,5 V, alimentation, granit, verre gravé, carbone. Dimensions ; 140x240x70 cm

Vol de nuit, 2015 4 dessins sur acétate,13x15 cm chaque piéce, moteurs 1,5 V, alimentation, granit, verre gravé, carbone. Dimensions ; 140x240x70 cm

          ON BRILLE PAS TOUS LES JOURS, 2015

On brille pas tous les jours, 2015. Dessin à la craie, gouache, verre.100x100 cm.

Procédures d'allumage, 2015

9 tirages numériques réhaussés, vidéo, 80x80 cm.

 

                           C'est Toumoï !... 2015

Dessin à la craie, papier marouflé sur toîle, agrafes, bois. 117x117 cm.

C'est Toumoï, 2015. Le degré de dureté des mines de crayons est défini par l’échelle suivante : 9H 8H 7H 6H 5H 4H 3H 2H H F HB B 2B 3B 4B 5B 6B 7B 8B 9B Dure → Moyenne → Tendre H (hard) : dure (ou sèche); B (black) : tendr

                        Sans clou, ni vis, 2015

Sèche-cheveux à air froid, ballons de baudruche imprimés une face, 35cm diamètre, dimensions variable. Galerie des jours de lune, Metz. 2015

                     Chinese folktates, 2015

Papier marouflé sur toîle, crayon sec, découpes. 210x90x5 cm.

http://www.convertissez.fr/file-convert/result/51374616787389070591n.swf

Arbre perché,2011       (18 avril 2011, 8h30)

Arbre perché, 2015     (18 avril 2015, 8h57)

                                                   Travail forcé, 2015

Travail forcé, 2015 Dessin frappé au marteau, carbone bleu, 120x175 cm.

A VOS RANGS, 2010

A vos rangs, 2010. Dessin et collage, craie, gouache. 90x130 cm

Ainsi fut-il, (Dessin à rallonge) 2012/2015

Ainsi fut-il, (Dessin à rallonge) 2012/2015 Dessin charbon et craie sur papier 180 gr, dessin à 4 mains avec Catherine Viollet.

Dans ce théâtre des mécanologies, on nous rappel les séparations d’avec les palestiniens, les mexicains, les orangistes etc. On ne compte plus les fractures tant il y en a, même la terre y met son grain de sel. Ces nouveaux murs politisent vos gestes. Elles placardent vos doutes mais aussi vos détournements. On se fait surprendre d’y croiser L.A Blanqui dessinant le profil même de ce que nous appelons le progrès. « Le progrès est claquemuré sur chaque terre, et s’évanouit avec elle. Toujours et partout, dans le camp terrestre, le même drame, le même décor, sur la même scène étroite, une humanité bruyante, infatuée de sa grandeur, se croyant l’univers et vivant dans sa prison comme dans une immensité, pour sombrer bientôt avec le globe qui a porté dans le plus profond dédain, le fardeau de son orgueil. Même monotonie, même immobilisme dans les astres étrangers. L’univers se répète sans fin et piaffe sur place. L’éternité joue imperturbablement dans l’infini les mêmes représentations.  C’est Eustacky Kossakowski qui dans « 6 mètres avant Paris » sous-entend l’histoire d’un réfugié polonais photographiant les rues de la capital 6 mètres avant de s’y perdre. Il en dessine une limite fluctuante selon les travaux publiques, le noir et blanc du ciel, les voitures garées devant les panneaux de la city. Au son mécanique du carrousel, les diapos au nombre de 159 nous figurent mentalement l’avancée du périphérique en 1971. En quittant les murs à l’est, il en trouve d’autres à l’ouest lui coupant la chique de son objectif, ce sera « Les palissades » de 72. Il trace ainsi une géographie indiquant les possibles troués de ses futures fuites afin de rentrer chez lui plus tard, on ne sait jamais d’où vient le bruit des bottes. C’est encore « Quai de Ouistreham » livre publié en 2009 que Florence Aubenas narre son infiltration et par là même sa mise en otage à l’intérieur du système social des demandeurs d’emplois. Elle, encore qui lors d’un tournage en Afghanistan après le « delete » des Bouddhas de la vallée de Bamiyan en 2001 demande à une vieille femme prostrée ce qu’elle venait consoler sur ce tas de caillou. Elle lui dit :

-Vous savez les Bouddhas sont morts debout comme des hommes et nous nous vivons comme des pierres.

On comprend nettement que la fiction serait un luxe. La vie n’a de cesse de frôler les murs, par crainte des prochains éboulements. Même les temps mort font grèves, les guerres ne gagnent jamais sauf à la télé, finissons alors de les commencer… La sculpture comme la fondations d’un tas. F.L

                        LE BAL DES AMPERES, 2015

Les veilleuses, 2015

 

Complètement Sisyphonné

La vérité sur Frédéric Lecomte.

 

Nous voilà pris sur le fait, nous sommes tous empoisonnés. Je suis donc fondé à dire qu’il existe pour nous une sorte d’intoxication par l’énergie, comme il y a une intoxication par la hâte, et une autre par la dimension.

Paul Valéry, Le bilan de l’intelligence, 1935

 

Ceux qui le connaissent vous parleront de son charme presque hypnotique, de sa singulière vivacité, de son énergie communicative. Il s’est trouvé un critique distingué pour le qualifier de dandy. C’est bien, mais c’est surtout une manière élégante d’emballer l’éprouvante réalité de ce personnage infréquentable : Frédéric Lecomte est foutraque. Il travaille comme un damné parce que c’est sa nature, sa came et sa déraison d’être. Il articule quand il a le temps, qu’il s’agisse des mots - qu’il mâchonne exclusivement la clope au bec, ou de la pensée qu’il laisse déferler dans n’importe quel ordre sur des interlocuteurs subjugués et totalement écrabouillés par son intelligence stroboscopique. Il sent le tabac à une distance terrifiante, ce qui a, reconnaissons-le, le commode avantage de permettre de l’identifier ; met indifféremment ses coudes ou ses pieds sur les tables ; téléphone à n’importe quelle heure pour annoncer des choses aussi indispensables que la découverte d’un art pariétal inconnu qu’on aurait bien attendu  jusqu’à demain. Il travaille quand il mange et mange quand il travaille, rit assez fort pour abolir toute présence sonore dans un périmètre effarant, ne s’assoit que sur une seule fesse et s’essuie les mains dans les cheveux. Quand on le cherche, il n’est nulle part et c’est toujours pour une raison digne de servir de scénario à un film de Jean-Pierre Mocky. Quand on cherche à l’éviter, il est partout. Il ne connait pas le repos, ce qui le regarde, mais vous l’enlèvera même si vous n’avez rien demandé, parce que l’hybris artistique dont il semble avoir déposé le brevet précède absolument tout dans la hiérarchie par ailleurs impénétrable de ses priorités.

Bref, Frédéric Lecomte fait beaucoup de saletés et n’est pas un cadeau. Pourquoi, dans ce cas, consacrer le début d’une somme à la production dont son nom est synonyme ? Parce qu’il est très important voyez-vous, en ces temps d’impitoyable netteté de la production plastique, de revenir aux sources pulsionnelles de ce phénomène galvaudé par la démocratisation à outrance, la création. Non, la création n’est pas à la portée de n’importe quel premier de la classe, non, tout le monde n’est pas dupe de ses faussaires au talent mercatique, non, les boursouflures spéculatives n’auront pas la peau de l’enfant cracra que Picasso a mis une vie à rejoindre parce qu’il avait compris de quoi peindre est l’affaire.

Il faut donc se précipiter sur les rares occurrences d’une pratique encore imperméable aux modes, incorruptiblement propre à son auteur, inimitable et surtout inimitée parce que ce type de désordre, malheureusement, ne s’enseigne pas. On peut cependant l’apprendre des pièces rassemblées ici, parce qu’il reste du chaos dans les formes finies que Frédéric Lecomte élabore aussi longuement qu’il les peaufine. Il les pense avec ce chaos, qui fait partie intégrante de sa perception du réel, et les conçoit dans un effort sincère et merveilleusement inefficace de mettre au pas cette panique du présent perpétuel qui sourd des thématiques effleurées par ses formes. Qu’il raconte la condition d’un peuple dans un collage figuratif ou le reflux perpétuel d’une vague dans un mural motorisé, toujours on peut saisir, obscénité caractéristique de son style, comment c’est fait ; et c’est là ce qu’il a de plus poétique et de plus indispensable. Car extraire d’une laborieuse machinerie métallique la légèreté d’un haiku est un effort acrobatique surdimensionné, qui finit par concurrencer, dans la perception du spectateur, l’objet représenté. On voit donc le comment, et à travers le comment, on voit, si l’ont veut bien y prêter attention, le pourquoi alchimique de cet arrachement sans fin à la lourdeur humaine, à la métaphysique occidentale, à la pesanteur des représentations. Certes il ne s’agit pas d’un art abstrait ; la figure est présente dans l’agencement compliqué de forces qui meut, d’une manière souvent dérisoire, les volumes fabriqués. Mais reconnaître les sujets de ces agitations un peu absurdes aide surtout à s’identifier, soi-même en tant que corps animé, à tous ces trucs et machins pris de soubresauts sous l’impulsion d’une magie dont aucun ressort n’est caché. À notre image, les dispositifs bizarres de Frédéric Lecomte sont (é)mus, secoués d’énergies parfois inégales, parfois grippées, et sans trêve ils poursuivent un chemin minuscule et récurrent vers leur propre utilité, leur propre raison d’être. Certains résonnent d’harmonies sonores construites à grand renfort de physique appliquée, d’autres gigotent bêtement dans les coins. Et à chaque fois, on voit ou on comprend quels bricolages savants et fragiles permettent ces gestuelles trop imparfaites pour réduire la représentation du vivant à une apologie du mécanique. Non, décidément il ne s’agit pas davantage de piger, devant les chimères réalistes de Frédéric Lecomte, quel rouage entraîne quelle pièce dans la génération d’un mouvement répétitif qu’il ne s’agit d’inventorier les organes fonctionnels d’un bébé en pleine santé. On est davantage invité à jouir du spectacle qu’offre la redondance asymétrique des allers et des venues de chaque petite articulation de sens. Car pourquoi lancer, comme le fait cet artiste, une vie entière à l’assaut des forteresses dépassées que sont les éléments à une époque technologique ? Ce n’est pas une croisade réactionnaire, encore moins un défaut de savoir quant aux dépassements perpétuels du progrès par ses propres rejetons. Pour preuve, Frédéric Lecomte mélange régulièrement des éléments de découvertes récentes aux bouts de ficelles de son précieux bazar. La vraie question inextinguible de ces mobiles sans crime, c’est celle du désir éternellement remis en jeu, de la trouvaille de chaque instant pour extraire un peu de grâce de la tourmente. Cet enjeu vaut largement qu’on déballe une débauche d’inventions, prouvant par son bruyant excès l’inégalable ténuité du beau.

Et cette quête jamais apaisée vit de son propre souffle, rythmiquement renouvelé. Chacun de ses moments palpite dans un nouveau dispositif. Sans exception, toutes les pièces rassemblées ici auront obnubilé leur auteur presque jusqu’à la folie avant d’être subitement reléguées dans le coffre à jouets de ses problèmes résolus par l’arrivée d’une nouvelle marotte vitale. Il faut imaginer Sisyphe heureux, avait compris le philosophe japonais  Kuki Shūzō (repris par Camus). Cette idée rassurante, qui réconcilie avec la destinée humaine, va comme un gant à l’inlassable main baladeuse de Frédéric Lecomte, vivant d’adrénaline et de pétards jamais mouillés.

Eléonore Espargilière

http://galerie.vitry94.fr/expositions/details/fiche/le-bal-des-amperes-frederic-lecomte/section/15154/?cHash=3ce083242f45b4d0b138f4aa78da67df

 

Le veilleur, 2015. Blacklight 25 cm, faux cil, rotule de micro. 50x75 cm.

Photographies, papiers découpés, vidéos, installations : l’artiste a recours à une multiplicité de médiums pour élaborer une œuvre hybride et protéiforme, où le sérieux le dispute au potache.

Chez Frédéric Lecomte, on regarde et jamais l’on ne s’ennuie, et tant mieux si le spectacle dérape ou nous éloigne de ces figures austères que goûte d’ordinaire la raison pure.
Paul Ardenne

L'artiste imagine des machines improductives qui affichent fièrement leur statut de bricolages poétiques, joue avec le verre et ses effets de lumière, d’ombre et de transparence. Dans ses installations, il compose avec les matériaux et les assemble pour nous présenter sa propre vision d’un monde qui oscille entre enfance, fantasme et réalité crue.

Il puise dans le flot continu des images ; le cinéma, la télévision, internet, qui sont autant de sources inépuisables dans lesquelles l’artiste pioche au gré de ses envies, de ses désirs, pour y capturer l’incapturable, pour nous offrir l’invisible. L'artiste dit de ces images détourées, squelettes de l’image devenue sans ressemblance, qu'elles posent le problème, non de savoir ce qu’elles veulent montrer, mais ce qu’elles ne montrent plus.

 

DISGRÂCE

2014

LE GENERATEUR – revue LAURA

Artistes :

Frédéric Lecomte

Bernhard Rüdiger

Dominique Blais (production)

Jérôme Poret

Le Gentil Garçon

Diego Movilla

Magali Sanheira

Antoine Deschamps

Franck Charlet

Rémi Boinot

Bernard Calet

Fred Morin

 

Invités :

Hugo Capron

Emilie Saccoccio

 

 

 

 

 

          LES DECOUPures DE L'ORDINAIRe ; MODERNARTCAFé, LYON du 23 janv \ 1 mars 2014

COMME SI DE RIEN... 2013                 www.claudinepapillon.com galerie@claudinepapillon.com                                   13 rue Chapon 75003 Paris                                        +33 (0)1 40 29 07 20


Frédéric Lecomte
Comme si de rien...

Du 14 mars au 27 avril 2013
Frédéric Lecomte pratique le dessin et ce dernier habite toute sa pratique, jusqu'aux supports les plus éloignés et les plus technologiques comme la vidéo ou ses machines, qu'il ramène aux racines du geste graphique et du repentir classique. De même qu'il installe le dessin dans d'autres domaines, il en excède les conventions quand il le pratique sur papier, découpant les fonds et nouant physiquement les lignes ainsi extraites aux tracés, ou encore couvrant de crayon des motifs photocopiés que son intervention rend à une virginité d'avant l'image reproductible.

Il s'attaque férocement à de nombreux sujets que son attention envers notre époque lui fait dégager du flux de l'actualité. Son travail allie avec une paradoxale légèreté ses préoccupations éthiques et une permanente innovation formelle. L'exception chez Lecomte est tirée de l'ordinaire, du banal, il fait transpirer le réel en somme pour en exagérer la vie. En fait de tout il tente par moult tentatives de tirer vers lui l'essentiel des différents process qu'il a mis en place. Et nous ! Eh bien nous, on se retrouve forcément devant quelque chose de tellement nettoyé qu'il ne nous reste que le sourire pour seul argument de compréhension.

C'est toujours difficile de se réinventer, et il le fait à notre place. La manière importe peu donc, c'est le ton le plus important, et ce travail se place sans doute dans la démesure bancale, du désarroi, du presque pas beau, du presque fini, pour mettre en jeu et à mal cette idée toujours du plus grand, du beau, du plus fort, du mieux, du tout nouveau. C'est fatigant d'être le dernier, pis encore le premier, alors même qu'il faut du cœur au combat, le combat des jours qui est d'aller au travail, Oui ! Ne pas renoncer au jour qui se lève, mettre au boulot ses lumières. Et dans ce foutu brouhaha, trouver des plages de silences et mettre à profit des  partis pris mal foutu, brinqueballant, échassé,  etc.... Le monde n'est pas un, il est parcellisé, fragmenté, vouloir le dessiner global est une connerie et pas des plus petites. Il importe d'être entier, debout, vivant et sans arret sur ses gardes au regard des démences et autres folies qui alimentent les quotidiens.

Un dessin dit toujours plus qu'une photo parce qu'il montre moins, ce sont d'ailleurs les fragments, les tessons qui nous donnent le plus grand plaisir, tout comme la vie nous donne le plus grand plaisir quand nous la regardons en tant que fragment, on ne boit jamais une bouteille de vin au goulot, on la parcellise en nombre de verres qu'il y a de gens à table et combien le tout nous paraît horrifiant et nous paraît, au fond, la perfection achevée. C'est seulement si nous avons la chance, lorsque nous en abordons la lecture, de transformer quelque chose d'entier, de fini, oui, d'achevé en un fragment, que nous en retirons une grande et parfois la plus grande jouissance. C'est seulement lorsque nous nous sommes rendus compte, à chaque fois avec Lecomte que le tout et la perfection n'existent pas, que nous avons la possibilité de continuer à penser qu'il reste toujours à faire des machinations avec pour principe d'égalité, le moteur de toute expérience.

Comme si de rien n'était pas...

   Je l'sais, sais ce que je veux pour noël, la fête des pères et mon anniversaire ; une sorte de pack pour astiquer et concentrer mes appétits, soit : une femme de ménage pour quelques matinées désenchantées, un coach de sport très matinal et pas trop fatiguant pour les nerfs et le reste. Un chausson de pommes pour le p'tit déjeuner, deux trois notes de guitare sèche à la Prexl pour réveil, un oreiller japonais, une machine à enregistrer de ce qui reste à faire pour le lendemain et qu'elle le fasse. Une scie à fil pour faire de la dentelle, être un peu plus amoureux peu importe l'heure,  jouer à la marelle avec ma fille donc un caillou et une craie blanche il me faudrait. Etre un peu moins con avec tout le monde mais je voudrais avoir la notice, t'aimer un peu plus fort que ce qui n'a été, un kleenex signé Gaza. Une solitude que je m'accorde sans penser à tout le monde serait nécessaire, le manuel de l'égoïste en chinois, un week-end avec toi à la baule, c'est moi qui paie les langoustines de préférence vers avril/mai et un noeud à mon mouchoir de papier pour me rappeler que toujours vous êtes là, vivants. J'en finirais avec une poignée de sable blanc comme premier matin du monde et d'un poil de barbe tiré à l'un des elfes de monsieur Noël pour garantir que ses joujoux sont fait mains et pas en Chironde. Je joue bien mal aux dames tu sais! Alors trouver un compromis de telle sorte que je comprenne ou ne serait-ce que m'intéresser aux échecs, mais les miens seuls seraient amplement suffisants. J'suis pas plus con qu'un autre et la connerie une norme de l'époque ; trouver celui qui me dira le contraire. Je suis creux, alors faire le plein d'envies à un dollar trente du litre. Paradoxalement le moment où  je vais enfin écrire mon livre n’est évoqué qu’à demi-mot et tout se passe comme si ce n’était pas là le plus important finalement. Tout ce temps où l'écriture repoussée à plus tard, la retarder est devenu en fait un temps nécessaire. L’illusion de vouloir saisir les moments sur l’instant a été remplacée par la réécriture, du retour en arrière car c’est ce retour sur certains arrièrés qui meut les distances, alors me donner le permis de mes évocations et un GPs pour trouver le là d'où je suis. À quoi bon soulever des montagnes quand il est si simple de passer par dessus ? J'en voudrais seulement l'outillage, les chaussures et le courage. Etre artiste et se pourvoir du costume, mais c'est une autre paire de manche et tout dépend des saisons dirait Montaigne...

DRAWING NOW 2012 PARIS                            Galerie Claudine Papillon

Entrée en matière

 www.drawingnowparis.com/DRAWING NOW PARIS l LE SALON DU DESSIN CONTEMPORAIN, du jeudi 29 mars au dimanche 1er avril 2012

Nous sommes dans l’art. nous ne sommes pas ailleurs. il n’y a pas d’ailleurs en art. il n’y a pas de possible artiste. l’ailleurs n’existe pas. l’artiste non plus. il est à chaque fois. une nouveauté de la vie. la vie n’existe pas. l’éternité non plus. il n’y a rien qui tient la route assez longtemps pour l’art. l’art n’est pas la vie. l’art et la vie se donnent la main pour vivre. l’art et le vivant ne sont pas là pour être éternels. cependant créer une intensité vitale. il n’y a pas d’intensité si vitale ailleurs. ailleurs, c’est la tromperie des intensités mais qui se sont vite trompés. l’art est trompé. la vie est trompée. tout est trompé par des intensités à vue courte. car nous avons toujours la mémoire courte dedans. c’est la mémoire qui nous cause le plus de tracas. nous oublions l’art. nous oublions la vie. nous n’avons soif que d’intensités fausses. les fausses intensités, c’est ça qui produit l’existence. notre existence se veut durer et pour durer il faut inventer. pour durer il faut se projeter et exister. on se projette dans un tas de mots qu’on fait durer par les formules. c’est ça, l’intelligence de la formule. on croit avec ça durer mieux. il n’y a rien à faire durer. il n’y a que des loupages en formule. comment louper sa formule et malgré tout durer. rien qui dure. tout se loupe avec intensité.

 

Charles Pennequin 2011

Politique de la transparence                                      le fond de l'oeil est frais

 

Devant les découpures de l'ordinaire, de Frédéric Lecomte.


Devant, pas à propos, parce que le propos y tient entier, enchâssé dans un semblant fragile de boîte, histoire d'avoir une limite tangible. Devant parce que l'oeil est convoqué, sans politesse inutile, dans cette série qui passe par l'optique comme par un trou de serrure pour montrer quel tour de perversion prétend cacher, d'ordinaire, ce qui de notre ordinaire conditionne le plus la teneur. Devant, parce que la frontalité y est gentiment contrefaite par le mouvement de la lumière, qui endosse l'habituel « devoir » du spectateur de se déplacer face à l'oeuvre. Devant, enfin, pour voir de face, par le truchement de la transparence, les différents niveaux de sens qu'on ne prend conventionnellement que de biais, dans un plan coupe, ou d'en haut sur les cartes offrant des courbes de niveau.
De cartes, d'anatomie, du tendre et de son contraire, on repère d'un coup l'évocation graphique dans ces compositions qui superposent sans brouiller. Chaque plaque de verre accuse son tracé comme une cicatrice rémanente que la lumière réouvre. Chaque plaque de verre en couvre une autre et la féconde de sa signification surimposée. Les titres éclairent le tout pour qui n'aurait pas, déjà, cligné de l'oeil à la plaisante association ducassienne d'éléments adverses.
Il faut supporter, entre soi et la cassante évidence des ombres portées, le tangage d'une source lumineuse obstinée. On garde comme un mal des transports (amoureux) à voir se détacher, se rapprocher, se confondre puis s'éloigner les dessins sans crayon que la fée électricité projette sur un fond sans fond, sur le miroir, pour tout dire, du fond de notre oeil. On reste déséquilibré et dansant d'avoir traversé ces verres, c'est l'effet vaporetto sans passer par Venise.
Et pourtant. Quelle totale absence de dépaysement que l'hébétude face à ces sujets ni profonds ni vraiment plats, volés au hasard prolixe de notre environnement médiatisé... Frictions érogènes sans extase, écorchures barbelées sans géographie, visages sans traits et rien, en somme, de remarquable hormis l'énormité du scandale. On ne voit que ça, partout, réclames, « communication », injonctions répétées de l'époque à participer la fleur au fusil à la déréalisation généralisée. 
Découper est un art de boucher, passer entre les organes pour décoller la chair monnayable et en trier les quartiers. Frédéric Lecomte est un beau salopard qui nous dit joliment, dans l'éclat séduisant et vide de ce qu'il nous reste d'icônes, que le roi est nu, que le veau est d'or, l'animal en cage, et que rien n'a changé dessous les lustres.

 

Eléonore Espaglière, 2011

Les découpures de l'ordinaire, 2011

Drawing Now Paris, www.drawingnowparis.com/DRAWING NOW PARIS l LE SALON DU DESSIN CONTEMPORAIN, du jeudi 29 mars au dimanche 1er avril 2012

J'aurais pu commencer ainsi : un crayon qui vague sur une feuille…Au secours ! Au feu le papier ! … Mais j'avais deux mots à tirer, et il fallait s'en arranger pour un certain 14 novembre 2009.Je voudrais plutôt amorcer l'affaire de cette manière : il y aurait deux choses à dire, se porter et se supporter tous les jours, faire avec, et avoir fait un choix, celui de faire ce que l'on dit, celui de défaire, de faire et refaire, Pénélope du dessin. Vous savez un dessin, faire un dessin, le faire se faisant, en découdre et le défaisant, refaire... Un dessin, ce qui ne peut se supporter, un machin machiné, fait de traits, un peu vrai, un peu menteur, hachis hachuré qui se béquille pour tenir debout. Vous savez un dessin, celui qui fait tenir les hommes debout, un Debout de dessin, on est bien là au début des choses. Non ! Dit-il... Un début de quelque chose, voici du Lecomte, une idée sur le fil de soi, une idée toujours recommencée, toujours sans crayons. Alors, il faut se la faire la version : version crayons de couleurs, tout autant papier à l'envers, plié, froissé, découpé, lacéré, vidéo de rien, rien n'est plus cher que ce travail en forme de patron, une sculpture s'écrit toujours à plat, un dessin est toujours debout. Ce patron en forme de Finistère, ce nez exposé façon cahier d'écolier... Il est rare de se mettre à jour, de se mettre en joue, de jouer, de faire son lit du reste, des restants quand ce qui reste n'est que page blanche. Alors, nous avons, nous, visitants, visités, un crayon dans l'oeil, un compas dans l'idée. Supporter le poids de la sculpture, un cul trop lourd pour voler, et en avoir tant chié pour monter aussi bas, pour se défaire de soi, faisant toujours un pas de côté, se décaler, faire d'un dessin du hachis menu sur une page blanche. Il tient debout parce que vertical au mur d'un papillon. Épinglé.Je finirai ainsi, Papillon nous punaise du Lecomte. Voilà tout, c'est juste un texte dessin...

À dessins perdus. FL, octobre 2009

Là, 2012, tirage numérique, 30x42 cm.

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